Monétisation d’une communauté
Une idée qui dérange : La création d’une communauté en ligne dans le seul but de le transformer ensuite en “machine à fric.”
Problématique : C’est la somme de tous les individus qui constituent ces réseaux qui en fait la valeur. Certes, les individus en tirent de la valeur de leur utilisation du service, mais comment les faire payer si ce sont ces mêmes individus qui génèrent, de part leur participation, la valeur du système ?
Le public, consommateur de ces services communautaires en ligne, est devenu accro au “tout gratuit.” Pourtant, il y a de vrais coûts de fonctionnement non-négligeables à financer.
Discussion centrée autour de deux exemples : Le site peuplade.fr (“réseau social de proximité” qui cherche à relier les gens à leur quartier et à ses habitants), et la maison de disques Naïve (“maison d'artistes éclectique et non conformiste”).
Le cas de peuplade.fr
Il semble que les fondateurs du service - dont Stéphane Legouffe, ici présent - ont déjà essayé pas mal de pistes pour monétiser leur réseau, fort de plus de 45.000 membres et présent sur le terrain dans plusieurs grandes villes en France, dont Paris, Marseille et Lyon.
Comme expliqué en long et en large dans le blog peuplade.fr* (billets “Ca bouge sur Peuplade (Part I et Part II)” et “Stop Pub!”), ce projet de monétisation ne cherche pas à faire une “machine à fric”, mais est devenu simplement nécessaire pour pérenniser l’activité et à permettre à l’équipe de continuer à développer le service. (* p'tite suggestion à l'attention de l'équipe peuplade.fr : Faire un vrai blog avec des billets individuels qui peuvent être référencés directement plutôt qu'un simple flux unique d'articles...)
“Tout comme Facebook ou encore MySpace, Peuplade se doit aujourd'hui de trouver son modèle économique, avec en plus la lourde tâche de ne pas dénaturer le "projet social" qu'est Peuplade. "Lourde tâche"...à première vue...à seconde vue...pas tant que ça car avec le recul, on se rend compte que Peuplade est avant tout un site internet, qu'Internet est un média, que le modèle de revenu des médias et relativement simple : publicité, abonnement.”
Créé sous forme d’association loi 1901, peuplade.fr est depuis devenu SARL, puis SAS. Une évolution, selon Stéphane Legouffe, qui a été nécessaire pour faciliter les rapports avec les partenaires commerciaux, mais qui n’a pas été sans conséquences pour sa capacité à monétiser son activité.
Une chose est sûr, il faut bien réfléchir à son “business model” avant de se lancer (et risquer de se planter) à plus grande échelle. Dans le cas de peuplade, ils expérimentent le service dans quelques grandes villes depuis quelques années et cherchent maintenant à déterminer les sources de valeur du réseau avant de monter en puissance. Mais attention, il ne faut pas attendre trop longtemps, sinon, gare aux nouveaux entrants/concurrents (des services de type yuback.com par exemple).
Force est de constater que la pub sur Internet aujourd’hui ne permet pas de couvrir les frais de fonctionnement. L’introduction d’un abonnement pour les utilisateurs du service a aussi été mal reçue. C’est délicat, encore une fois, parce-que ce sont les utilisateurs qui constituent la valeur même du réseau, et que le site peuplade.fr est de par sa nature, un “projet social”.
Faire payer les gens simplement pour faire enlever les bannières de pub, ce n’est peut-être pas suffisant non plus comme valeur ajoutée pour inciter les gens à sortir la portefeuille.
A noter que les gens vont difficilement payer des “services” qui sont à priori gratuits dans la vraie vie (mise en relation de gens, ...). Il faut trouver quelque chose qui est (beaucoup plus) compliqué à faire dans la vraie vie pour lequel les gens sont prêts à payer.
Toute la difficulté réside dans l’identification de ces services. Il faut étudier le comportement des gens et l’utilisation qu’ils ont font du réseau pour ensuite proposer des services supplémentaires à valeur ajoutée. Demander directement aux membres d’identifier ces services ne marchera pas forcément. Tout le monde a des idées différentes.
Il faut probablement proposer plusieurs services additionnels pour que la valeur combinée de ces services représente une valeur suffisamment élevée pour que l’utilisateur soit d’accord pour payer un supplément. Voir du côté de Viadeo. Leur modèle “premium” a l’air de bien fonctionner.
D’autres pistes...
- Faire payer la promotion de services commerciaux sur le réseau, par abonnement “pro” ou à l’acte (Intermédiation)
- Le sponsoring.
- “Just ask” - Il y a eu un grand nombre d’offres de dons, mais mise en place compliquée voire impossible, vu le statut de société “commerciale”.
- Création d’une fondation à côté qui pourrait accepter des dons qui pourraient ensuite être reversés à la société.
- Collectivités locales, subventions publiques. Encore une fois, compliqué par le statut de société.
- Se faire payer en bisous ? (Ils ont essayé. Ca marche bien, mais bon, peut on vraiment vivre que d’amour et d’eau fraîche ? ;-)
- Le troc.
- Ouvrir des QG dans les quartiers, des bars/restos/lieux de rencontre pour générer du revenu. Mise à part l’investissement lourd et le risque élevée d’une telle opération, les fondateurs sont (et souhaitent rester) des informaticiens et non pas des cafetiers.
- Mise en place de référents/relais de quartier qui seraient intéressés à payer pour se faire reconnaître comme lieu de rassemblement de la communauté. Modèle à la “meetup”. Peu d’intérêt de la part des bars. Voir peut-être du côté des distributeurs d’alcool? (mais là encore, des problèmes éthiques en vu de la nature “social” du projet.)
- Mécénat de marque.
- Proposer le réseau comme laboratoire de test de produits / recherche d’avis des consommateurs / sondages
- Vendre de l’expertise/consulting. C’est ce qui fait déjà la société Les ingénieurs sociaux SAS qui gère le site peuplade.fr.
- Revendre la technologie à d’autres groupes.
- Partenariat avec la presse régionale, locale. Mais méfiance de leur part parce-que eux aussi sont en crise et le service peuplade.fr peut être vu comme une menace.
Le cas de Naïve
Naïve, maison d'artistes éclectique et non conformiste, a su s'imposer en 10 ans comme un label indépendant incontournable. Mais il y aurait-il une vie au-delà du wifi, de l’internet et du mp3 ?
Par les temps qui courent, même vendre des mp3 sur Internet est devenu chose difficile. Il paraît que des gens peuvent passer plus de temps à télécharger de la musique “trouvée gratuitement” sur Internet et à étoffer leur bibliothèque sonore qu’à écouter la musique qu’ils téléchargent. A dire à quel point le produit final peut sembler dévalorisé.
Dans ce cas, peut être l’activité des petites (et grandes ?) maisons de disque ne devrait plus être centrée sur l’unique vente d’albums ou chansons. Il s’agit plutôt de vendre de la “passion partagée”, de la proximité avec des artistes, de “l’expérientiel”.
Permettre à la communauté d’investir dans une artiste et de recevoir en retour des dividendes ou avantages en fonction du niveau de son investissement (services VIP, accès “backstage”, participation aux enregistrements en studio avec l’artiste, ...)
Des sites et services existent déjà qui proposent ce genre de chose :
- kickstarter.com - Une plate-forme pour financer des artistes, designers, filmmakers, musiciens ...
- mymajorcompany.com - Site de partage qui permet à n’importe qui de devenir artiste ou producteur d’artistes.
- mxp4.org - Remixez vos chansons préférés !
- Mañana - Site dédié à la musique tango qui fédère des dizaines, voire des centaines de nouveaux créateurs, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Argentine, qui révolutionnent ce genre musical.
Naïve est sur le point de lancer sa boutique en ligne de vente de mp3, en espérant que son réseau de fidèles passera à l’acte (de paiement)... mais peut-être la réponse à la question de monétisation de son réseau est (au moins partiellement) ailleurs...?